Le mercredi 11 septembre 2013, la bijouterie la Turquoise à Nice de Stephan Turk a été attaquée. Sous la menace des deux malfaiteurs munis d’un fusil à pompe et qui le frappe, le bijoutier a ouvert son coffre. Avec leur butin, les deux braqueurs ont quitté le magasin pour s’enfuir en scooter. Stephan Turk est sorti dans la rue avec un pistolet automatique pour, selon son fils, tirer sur les pneus. D’après cette même personne (lire son témoignage sur Nice Matin), le passager du scooter aurait alors pointé son fusil vers le bijoutier qui a donc dû tiré plus haut touchant gravement le passager qui est tombé du scooter au premier virage. Le braqueur, un jeune de 18 ans connu de la police, est décédé suite à ces coups de feu. Depuis, la police aurait retrouvé son complice.

Le bijoutier mis en examen pour meurtre

Le procureur de la République, Eric Bedos, a indiqué que « la vie devait être préservée en toutes circonstances », « en l’état des investigations, des constatations, des déclarations, j’ai la conviction que nous sommes en présence d’indices qui montrent que ce monsieur a agi volontairement pour donner la mort à ce malfaiteur. Quand il tire, sa vie n’était plus menacée ». Le bijoutier âgé de 67 ans a été mis en examen pour homicide volontaire. Il est assigné à résidence et porte un bracelet électronique.

Plus d’un million de soutiens sur la page Facebook

Stephan Turk a reçu de nombreux soutiens comme par exemple celui du maire de Nice, Monsieur Christian Estrosi. L’ancien ministre a déclaré : « pour moi, la première victime dans cette affaire, c’est le bijoutier », « (il a) agi comme un désespéré », « je tiens à lui renouveler tout mon soutien moral ainsi qu’à toute sa famille ».

Outre cet homme politique, une mobilisation forte a été lancée via le réseaux social Facebook. Plus d’un million de personnes sont fans de cette page apportant ainsi leur soutien au bijoutier mis en examen. Mais est-ce qu’il faut apporter son soutien au commerçant ?

Plus de 1 millions de fans de la page Facebook de soutien © DR

Plus de 1 million de fans de la page Facebook de soutien au bijoutier de Nice © DR

Faut-il soutenir le bijoutier ?

S’il serait naturel de soutenir le bijoutier qui est la première victime dans cette affaire, il faut aussi se poser des questions :

  • Que faisait-il avec une arme sans permis ?
  • Pourquoi n’avait-il pas une arme de protection de type taser ou flash-ball ?
  • Peut-on se faire justice soi-même ?
  • Est-ce qu’un homme peut délibérément tuer une personne sous prétexte que celle-ci commet un délit ?
  • A partir de quel montant volé, le bijoutier a-t-il droit de tirer sur son braqueur ?
  • Une de ses balles perdues n’aurait-elle pas pu toucher un innocent (enfant, femme enceinte, …) ?
  • Son intervention en pleine rue n’aurait-elle pas pu provoquer fusillade en pleine rue avec donc une réplique au fusil à pompe ?
  • S’il a tiré pour se protéger, pourquoi n’est-il pas plutôt resté dans son magasin ?

Il faut aussi laisser l’enquête de police livrer ses conclusions. L’examen balistique devrait permettre de dire si le passager a été touché en plein dans le dos et dans quelle mesure il aurait pu pointer son fusil vers le propriétaire du magasin. Les enquêteurs pourraient aussi avoir des images de vidéo-surveillances pour confirmer ou non la version de Stephan Turk et de son fils.

Certaines personnes disent que c’est la seule solution face à une justice laxiste, mais si la justice est vraiment inefficace alors ils ne devraient rien craindre du procès du bijoutier et le laisser se passer normalement, sans pression populaire. En tout cas cette affaire doit permettre de faire un examen des carences de la justice et de la réinsertion post-carcérale, le braqueur décédé aurait passé près de 2 ans en prison d’octobre 2011 à août 2013. Mais la question essentielle est de savoir si nous souhaitons que notre société se transforme en far west ?

A lire à ce sujet :

Le bijoutier était-il en état de légitime défense ? (Nice Matin)

La légitime défense mise à mal (Libération)